Paris Match analyse les séventies !

Le sex, la pornographie , les annonces plus que coquines, sur un hebdo, les K7 pornos , est-ce que cela a rapporté simplement du fric.

Teeshirt

 

Les années 70 sont la jeunesse du XXe siècle.

Aucune décennie n’avait été, ni ne sera plus jamais, aussi jeune.

Nous sommes entre les Beatles, qui meurent, et U2, qui naît. Nous sommes entre le sexe qui libère et le sexe qui tue. Nous sommes entre Daniel Cohn-Bendit, qui fume, et Bernard Tapie, qui enfume. Nous sommes entre le dieu cannabis et le roi dollar. Bienvenue dans la décennie 70. Les années 80 se prenaient au sérieux : nous nous moquons d’elles ; les années 70 se moquaient de tout : nous les prenons au sérieux. Nous n’aimons quasiment rien de 1986 ; nous aimons presque tout de 1976

Bob Marley.

 

Lire aussi : David Bowie, retour vers le futur.

 

Ceux qui ont connu 1972, 1974, 1978 sont d’accord avec ceux qui n’étaient pas nés : c’était le bon temps, le vrai, le seul qu’ait jamais connu l’humanité. L’unique parenthèse durant laquelle les hommes et les femmes ont pu, sans peur panique du lendemain, consommer tout ce qui ne se consomme pas (le sexe, la drogue, le rock’n’roll) et refuser de consommer ce qui, aujourd’hui, se consomme. Les années 80 furent les années de consommation ; les années 70, les années de consumation. L’ultime euphorie avant la gueule de bois. La dernière station avant Wall Street.

 

Lire aussi : 1970, les années Michel Delpech.

 

Ere insouciante (impression qu’il fait toujours beau, comme dans « Amicalement vôtre ») de l’absence de calcul, d’obsession du chiffre, du résultat, du sondage. Le monde était encore qualitatif, et non quantitatif. Monde capable de gratuité, où l’utilité et l’efficacité n’ont pas encore tout balayé sur leur passage.

Tout ce qui touche à cette époque est devenu culte : le meilleur (« Apocalypse Now », Michel Foucault, Led Zeppelin, « Apostrophes »), comme le pire (« Les bidasses en folie », Roger Peyrefitte, Il était une fois, « Numéro 1 » de Maritie et Gilbert Carpentier). D’émissions en éditoriaux, de rétrospectives en hommages, nous ne cessons de nous tourner vers ces temps bénis où tout semblait possible, à commencer par l’impossible.

« Il n’y a pas de méthode, je fais comme je sens », résume Jack Nicholson au mitan de la décennie (con)sacrée. On ne saurait mieux dire. Avant 68, on ne faisait que vivre ; voilà à présent qu’on existe et qu’en plus on se sent exister. Voilà ce qui a disparu aujourd’hui, voilà ce que, depuis la planète 2017, nous pleurons : la sensation. Pas la « sensation forte » markétisée, commercialisée, uniformisée, standardisée des grands parcs d’attractions, pas la « sensation forte » des drogues sales qui ravagent nos laissés-pour-compte. Non : la sensation d’être. L’intuition que la jeunesse n’est pas un enfer, mais un paradis.

La jeunesse des seventies préféra l’outrance à la radicalité (la seule chose qui se radicalise en ce temps-là, c’est la soul, qui devient le disco), les excès à l’épargne, l’aventure à la prudence, et brûler sa vie au lieu de la subir. Les années 70 incarnent cet éden ; elles sont la jeunesse du XXe siècle. Aucune décennie n’avait été, ni ne sera plus jamais, aussi jeune.

 

Angélique

 


 

Nous donnerions cher pour retourner dans un monde où la méfiance était inconnue

Paradis perdu, où l’on pouvait acheter le dernier LP de Supertramp en sortant de « Taxi Driver », lire dans « Positif » la critique de « Barry Lyndon » après un concert des Who, monter le gadget de « Pif » devant « Les mystères de l’Ouest », lancer des confettis pendant une séance du « Rocky Horror Picture Show » et collectionner les articles sur Patrick Dewaere, s’inscrire au foot à cause de Rocheteau et au club d’échecs pour être Bobby Fischer, enfiler un tee-shirt de Jim Morrison sur Venice Beach en faisant du skate, se faire appeler « camarade » sans être communiste, défendre les ouvriers sans avoir jamais rien fait d’autre qu’écouter les Mothers of Invention, Ravi Shankar ou Souchon dans sa chambre, en chemise pelle à tarte ou sous-pull vert pomme. Certes : le Polaroid est jauni, mais il est là. Et nous donnerions cher pour retourner dans un monde où la méfiance était inconnue, où aux kamikazes étaient préférés les « kamakis », du nom de ces dragueurs grecs qui « harponnaient » les Finlandaises ou les Danoises venues spécialement sur les plages de Rhodes aux fins de livrer la juvénile énergie de leur corps aux appétits du bonheur et aux surprises de l’existence.

imagescapcgrc0.jpg

.

Le groupe Abba, en février 1975, est déjà un phénomène planétaire. Les rois du disco en tenue de gala : Bjorn Ulvaeus, Agnetha Faltskog, Benny Andersson, Frida Lyngstad. Ils ont vendu plus de 300 millions de disques. Et 25 millions de spécial tateurs verront leur film « Abba the Movie ». © F.GAILLARD/PHOTOTHEQUE .

 

La volupté doit entrer dans le Code civil, la brutalité, sortir du Code pénal.

 

Roland Castro, qui porte si bien son nom, dirige, jusqu’en 1971, le groupe Vive la révolution. L’enfant lui-même est emporté par cette lame de fond émancipatrice, mêlé bien malgré lui à cette « lutte » pour la libération du corps et des corps. Il devient alors jouet de désirs qui le dépassent, mais que certains accordent, à son insu (et à ses dépens), aux adultes : ainsi, René Schérer, professeur à Paris VIII, défend publiquement la pédophilie. La liberté ne saurait connaître d’entraves, tel est le mot d’ordre. Non seulement un Gabriel Matzneff rend compte, chez de grands éditeurs, livre après livre (au nom d’une esthétique libertaire), de ses ébats sexuels avec des mineures, non seulement un Tony Duvert publie, chez Minuit (la maison d’édition de Vercors !), son « Paysage de fantaisie » (1973) qui l’enverrait de nos jours directement à Fleury-Mérogis, mais les plus prestigieux intellectuels français (Sartre, Aragon, Guattari, Glucksmann…) vont jusqu’à signer, en 1977, une pétition en faveur de trois adultes jugés pour abus sexuels sur des adolescents de moins de 15 ans. Quant aux descriptions de Daniel Cohn-Bendit, dans « Le Grand bazar » (1975), de « chatouilles » avec des enfants, elles ne sont pas seulement tolérées : elles passent inaperçues dans cette ère de l’interdiction d’interdire. C’est publiquement, c’est au grand jour que le discours sur la « liberté » sexuelle des enfants s’exprime.

Ces propos, heureusement inaudibles en 2017, visent à prolonger, au-delà de toute limite, dans un monde idéal, la messianique idéologie du bonheur, dont tout le monde, humain ou animal (l’animal est un ami, une émission s’intitule d’ailleurs « 30 millions d’amis »), homme ou femme, adulte ou enfant, est en droit de profiter. Toute logique, hélas, est aveugle, y compris celle de la félicité : à vouloir ouvrir l’enfant aux plaisirs, on fabriquera sa perte.

Le corps, ce héros : toujours le même credo. Ce qui est inadmissible, en 1975, ce n’est pas la façon dont ce corps se procure du plaisir (quel que soit ce corps et quel que soit ce plaisir), mais la manière dont on lui inculque de la violence. Ainsi, le plaisir sexuel d’un petit enfant est-il conçu comme un progrès, quand la souffrance pénitentiaire d’un grand criminel est perçue comme une injure. La volupté doit entrer dans le Code civil, la brutalité, sortir du Code pénal. « Surveiller et punir », de Michel Foucault (1975), décrit, dans cette tonalité, la manière dont le modèle carcéral agresse incessamment non tant le prisonnier que le corps emprisonné.

 

 

Le « Mal-aimé » et son public déchaîné, à Amiens, en 1971. Sept ans plus tard, la mort brutale de Claude François bouleversera la France. © Jean-Claude Deutsch 

Quant à Félix Guattari, qui cautionne un réquisitoire intitulé « Pédophilie » visant à abolir les frontières des âges en matière de sexualité, il se défend en arguant qu’on lui fait un « procès politique ». « Politique » ! C’est, entre contestation euphorique et euphorie contestataire, le maître mot de cette période. Dans les années 70, tout est politique.

Définition possible de 1970-1980 : rencontre du corps et de la politique. Incompréhensible en 2017, à nous pour qui le corps ne se résume plus qu’à un capital santé et la politique à un moment de colère dans l’isoloir. Mais entre 1970 et 1980, tout est politique et tout est corps ; tout ce qui a trait au corps renvoie à la politique et vice versa. Or, qui dit corps dit sécrétions : « La grande bouffe » de Marco Ferreri (1973), « Sweet Movie » de Dusan Makavejev (1974) ou « Salo » de Pier Paolo Pasolini (1975) convoquent sang, urine et excréments pour condamner respectivement la société de consommation, le capitalisme et le fascisme ; dans « Pink Flamingos » de John Waters (1972), le travesti Divine va même jusqu’à déguster une déjection canine.

Image 354

 

Le nazisme lui-même, tabou suprême (mais ces années sont subversives à l’intérieur même de la subversion), est passé à la moulinette sexuelle, qu’elle soit érotique avec « Portier de nuit » (1974) ou pornographique avec « Hôtel du plaisir pour SS » (1977) – quand ce n’est pas à celle de la série Z franchouillarde, comme dans « Le Führer en folie » (1974). Après la « blaxploitation », voici venue la « nazixploitation ». Seul Gainsbourg, encore lui, aura du talent dans ce registre douteux avec son concept-album (genre phare) « Rock Around the Bunker » (1975), fustigeant la violence hitlérienne avec finesse, comme par exemple avec son célèbre « Nazi Rock ».

Que font les SS au milieu des fumeurs de ganja ? C’est que les jeunes, nés tout juste après la guerre, veulent se débarrasser définitivement des années noires. En Allemagne, Fassbinder signe, avec dans le rôle-titre Hanna Schygulla, un magistral « Mariage de Maria Braun » (1979) ; la France, avec un acharnement notable, se penche sur son passé collaborationniste : « Monsieur Klein » de Joseph Losey (1976) avec Alain Delon, « Le vieux fusil » de Robert Enrico (1975), « Le chagrin et la pitié » de Marcel Ophüls (1971), « Lacombe Lucien » de Louis Malle (1974) ; quant à l’Amérique, elle nous offre « Marathon Man » de John Schlesinger (1976). Le prix Goncourt 1970 est décerné à Michel Tournier pour son « Roi des Aulnes », réflexion sur le nazisme, et l’écrivain Michel Rachline fait paraître en 1972 « Le bonheur nazi ou la mort des autres ».

Voilà bien les années 70 : la rencontre du porte-jarretelles et de l’hitlérisme ; les noces de l’exubérance et de la critique, du fantasme et de la théorie, de l’amour et de la rhétorique (« Fragments d’un discours amoureux » de Roland Barthes, en 1977) ; le mariage de l’évanescence rêveuse et de l’esprit de sérieux ; l’union de l’orgasme et de l’assertorique ; l’alliage du LSD et de la pensée analytique ; les noces de la partouze et du structuralisme ; l’osmose entre le Kama-sutra et le Petit Livre rouge ; la collusion entre l’extase et le maximalisme ; les fiançailles du pétard et du polycopié. Tout est, en même temps, à égalité

, livré à la sensation pure et à l’intellectualisation outrancière. 

Emmanuelle

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Date de dernière mise à jour : vendredi, 15 Septembre 2017