années 1970  

Bébé éprouvette1978

Naissance de Louise Brown 

Après de nombreuses années de recherche, deux scientifiques britanniques, Robert Edwards et Patrick Steptoe, perfectionnent la technique de la fécondation in vitro. Leurs travaux aboutissent le 25 juillet 1978 avec une première mondiale, la naissance du premier « bébé éprouvette », Louise Brown.

Le physiologiste Robert Edwards, de l'université Cambridge, et le gynécologue Patrick Steptoe travaillent au cours des années 1960 et 1970 à développer une méthode permettant la fécondation à l'extérieur du corps de la femme. Des centaines de tentatives sont faites, mais aucune n'aboutit à la naissance d'un enfant. Une autre expérience, faite en novembre 1977, implique un couple britannique infertile, John et Lesley Brown. Leurs ovules et leurs spermatozoïdes sont placées dans une éprouvette. L'embryon qui en résulte est ensuite réimplanté dans le ventre de Lesley, 31 ans, à l'aide d'un tube. Le 25 juillet 1978, le monde entier apprend la naissance du premier « bébé éprouvette », une petite fille de 2,6 kilos prénommée Louise. L'opération, qui a nécessité une césarienne, a lieu dans l'hôpital d'Oldham, au Royaume-Uni. L'événement suscite un vif intérêt, la méthode développée par Edwards et Steptoe apparaissant comme un nouvel espoir pour les couples ayant un problème de fertilité. Plusieurs réserves et interrogations sont également soulevées à l'endroit de cette expérimentation, tant sur le plan scientifique qu'éthique (conséquences sur la santé de l'enfant, statut de l'embryon congelé, etc.). Des leaders religieux se prononcent sur le sujet, notamment au sein de l'Église catholique romaine qui exprime de fortes réticences. En 1982, Natalie Brown, la petite soeur de Louise, naît à son tour après une fécondation in vitro. En 1999, elle accouchera de Casey, devenant le premier « bébé éprouvette » à donner la vie. Cette méthode de fécondation a d'ailleurs fait boule de neige après la naissance de Louise. Son taux de succès varie selon les pays, mais aussi selon la condition de la mère, par exemple son âge. En 2012, on estime à 4 millions le nombre d'enfants nés de cette façon. Robert Edwards remportera le prix Nobel de médecine en 2010. 

Dans les médias... 


Gérard Bonnot, « La mystérieuse conception de Mrs. Brown »

«...La presse salue la naissance de la petite fille de Mrs. Brown comme un exploit sans précédent. Mais beaucoup de médecins estiment, eux, que ces recherches, qui tiennent de la science-fiction et de l'art vétérinaire, devraient être purement et simplement proscrites. (...) La moindre faute d'asepsie, au cours des opérations, peut provoquer, chez la mère, une infection fatale. On risque également d'abîmer l'embryon en le manipulant et de faire naître un enfant anormal, monstrueux. (...) Enfin, la fécondation artificielle peut conduire à tous les abus. Une fois l'embryon mis en culture, en effet, rien n'oblige à la réimplanter dans l'utérus de la mère. N'importe quelle femme fait l'affaire. Achètera-t-on un utérus des nourrices qui prêteront leur utérus comme autrefois leur lait ? Il est même possible de différer la grossesse en congelant l'embryon. On l'a réussi sur des animaux. Verra-t-on des couples mettre en réserve leurs descendants pour des jours meilleurs ? On est tout près du cauchemar décrit par Aldous Huxley dans « le Meilleur des mondes ». »

Le Nouvel Observateur (France), 29 juillet 1978, p. 43.

Paul Thielsen, « Bonjour Louise Brown ! »

«...Mais qui aura la maîtrise de ce nouvel acquis humain ? Des spécialistes éminents ou un chacun ? Il importe qu'au plus vite les informations utiles soient divulguées, que d'autres parents puissent envisager d'intégrer quelques jours de laboratoire dans leur volonté de donner une vie, qu'un large débat puisse se faire sur les perspectives ouvertes et que se préparent les modifications culturelles indispensables. Par exemple, il est clair que la possibilité de choisir le sexe de son enfant (quelle que soit la technique) provoquerait un déséquilibre grave dans une population ou l'enfant mâle est roi, même dans nos pays où les préférences vont statistiquement à un aîné masculin. Par contre, la répartition sur des personnes différentes de trois rôles biologiques de la femme - production d'ovule, maturation d'embryon, maternage - pourrait se faire plus facilement. La pratique de l'adoption représente déjà une séparation de la troisième fonction. On rencontrera peut-être des femmes enceintes qui diront en rougissant : « Oh non ! ce n'est pas mon bébé. Je porte celui d'amis qui ont des problèmes de santé ». Il reste le débat sur les manipulations génétiques dont l'enjeu pourrait être encore plus important que celui du débat nucléaire. Il est temps de l'ouvrir. En attendant ce débat, bonjour Louise Brown, c'est chouette que tu sois là ! »

La Revue nouvelle (Belgique), septembre 1978, p. 171.

Pierre Accoce, « La star éprouvette »

«...Depuis la semaine dernière, les commentaires pleuvent. Le monde médical salue l'exploit, non sans retenues. « Tour de force et très belle réussite », applaudit le Pr Charles Thibault, spécialiste français de physiologie de la reproduction. « Cela profitera à beaucoup de femmes «, commente sir John Dewhurst, président du Collège royal anglais de gynécologie « Il faudra encore du temps avant que la technique soit largement utilisée », objecte sir John Stallworthy, professeur de gynécologie à l'université d’Oxford. « Méthode encore trop délicate pour voir son application généralisée », appuie le Pr Jacques Varangot, à la maternité Port-Royal de l'hôpital Cochin, à Paris. «La microchirurgie donnera des résultats plus sûrs, elle a d'ailleurs déjà commencé », déclare le Dr Bernard Cantor, de l'université de Floride, aux États-Unis. À ces louanges et à ces réserves, les moralistes mêlent leurs voix. Les chefs religieux musulmans réagissent positivement, « puisque l'enfant est le fruit légitime d'un couple légalement marié ». Les protestants approuvent. Les anglicans restent neutres. « À Rome, note Alain de Penanster, de L'Express, le Vatican rappelle que l'acte conjugal normal est la seule source légitime de vie. L'Église catholique craint que la fécondation in vitro n'ouvre la voie à des manipulations génétiques peu contrôlables. ».

Date de dernière mise à jour : samedi, 27 avril 2019

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